Ce jour où un arrêt en plein virage a failli gâcher ma sortie vtt en groupe

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Arrêt brutal en virage lors d'une sortie VTT en groupe, tension et apprentissage sur sentier forestier

Le frein a couiné dans le virage humide, juste devant la mairie de Conliège, et le single s’est bloqué d’un coup. Le groupe était posé en mode ouvreur + serre-file, mais tout s’est figé au pire endroit. Un gars a planté sa roue, un autre a glissé, et le silence a pris toute la place. J’ai compris trop tard que ce stop m’avait échappé.

Quand j’ai voulu encadrer sans savoir où je mettais les pieds

J’avais 44 ans, deux enfants à la maison, et mes sorties passaient déjà entre le week-end et ma navette quotidienne. Je roulais depuis assez longtemps pour ne pas paniquer dans un pierrier, mais pas assez pour croire que gérer neuf casques serait une formalité. Je le dis franchement : je n’avais aucun diplôme ni certification professionnelle dans le cycle ; ma seule légitimité venait de vingt ans de pratique du VTT dans le Jura. Je n’avais pas envie de jouer au chef, juste de faire rouler un groupe sans casse.

Je m’étais fait une idée très propre de la chose. Un groupe sympa, une trace claire, un rythme lisible, deux pauses bien placées, et chacun rentre content. Mes repères venaient de mes tests terrain répétés sur la durée et des retours croisés d’autres pratiquants, pas d’un mode d’emploi. En vrai, je pensais surtout que la bonne humeur suffirait à tenir tout le monde ensemble.

La première surprise m’a coupé court. Le groupe s’est disloqué dès la première montée roulante, avec trois vitesses différentes sur les mêmes 200 mètres. Les costauds ont relancé trop fort, les autres ont déjà forcé sur les cuisses, et j’ai vu les écarts s’ouvrir comme une fermeture mal fermée. J’ai hésité à resserrer tout de suite, puis j’ai laissé filer, et ça m’a coûté du jus mental d’entrée.

La sortie où tout a failli basculer

Ce jour-là, j’avais préparé 25 km avec 600 m de dénivelé, sur une matinée fraîche et humide qui laissait les racines luisantes. On était neuf, avec des niveaux très disparates, et je tenais à la fois l’ouvreur et le serre-file sur les portions délicates. Dès les premiers faux-plats, j’ai entendu le petit bruit sec d’une chaîne qui claque dans une montée irrégulière. Ça annonçait déjà que certains passaient un braquet trop dur.

Je me souviens encore du bruit sec du frein qui couine, juste avant que le gars devant moi freine brutalement en plein virage serré. Le silence gênant qui a suivi m’a paru énorme, comme si tout le monde retenait son souffle après la chute évitable. Un participant a posé le pied au mauvais moment, sa roue s’est mise de travers, et il a fini contre l’intérieur du virage. Pas méchamment, mais assez pour me faire serrer les dents.

On a perdu 15 minutes à dégager le passage et à refaire le compte. Deux plus rapides ont continué devant, ont raté l’embranchement suivant, puis ont dû revenir en arrière en râlant à moitié. Le reste du groupe s’est figé derrière moi, et j’ai senti monter une tension bête, presque physique. J’avais voulu préserver l’allure du début, et j’avais fabriqué un effet d’accordéon dans un single trop étroit.

Ce qui m’a frappé ensuite, c’est le souffle. Certains parlaient en mots coupés, avec une respiration par saccades qui n’annonçait rien de bon. J’ai vu une cadence qui s’effondrait sur la dernière rampe, puis un gars a coupé l’effort sans prévenir et a posé le pied. Sur une autre relance, le pneu avant d’un autre a chassé sur les racines mouillées, puis le vélo s’est redressé au dernier moment. Pas terrible. Vraiment pas terrible.

Le silence qui m’a recadré

C’est en repensant à ce silence au milieu du single que j’ai réalisé ma faute. S’arrêter là, c’était planter un panneau stop invisible au milieu d’une autoroute étroite. Tout le monde héritait alors d’un redémarrage brutal, avec des vélos en travers et des nerfs déjà entamés. Vingt-deux ans de sorties m’ont appris à compter les casques avant de compter les kilomètres.

J’ai commencé à tester des pauses dans des clairières et sur des replats, loin des virages et des obstacles. La différence s’est vue tout de suite. Les vélos restaient rangés, les gens soufflaient sans se tasser les uns sur les autres, et le départ repartait sans ce petit bruit de frein qui râpe. Avec mes Tests terrain répétés sur la durée et les retours croisés d’autres pratiquants, j’ai compris que trois minutes hors sentier valaient mieux qu’une pause coincée au mauvais endroit.

J’ai aussi changé ma façon d’annoncer la suite. Avant un passage humide, un portage ou un bout plus raide, je préviens maintenant avant d’y arriver. Le serre-file me dit quand le dernier est là, et je repars seulement après ce signe. L’expérience m’a appris que cette petite routine me vide moins la tête que de surveiller chaque épingle au jugé.

Ce que je garde depuis, et ce que je ne referai pas

Après plusieurs sorties, j’ai fini par garder une règle simple dans ma tête. Le groupe roule mieux avec un ouvreur, un serre-file, un rythme annoncé et des pauses placées hors du passage. Les écarts de niveau ne disparaissent pas, mais ils restent gérables quand je les traite dès le départ. Concrètement, je place un des deux plus rapides en serre-file une montée sur deux, et je laisse le plus lent donner le tempo dans les côtes ; en trois sorties seulement, l’effet accordéon que je redoutais avait déjà presque disparu sur les portions roulantes. Pour un groupe mixte, c’est plus fluide, et les plus lents ne se retrouvent plus au bord de la rupture à la deuxième montée.

  • Je prépare un point de ralliement clair avant de partir, en général après une bosse bien connue. Sur une boucle de 25 km, je cale désormais un regroupement tous les 4 à 5 kilomètres, et je limite l’écart à deux longueurs de vélo dans les passages techniques.
  • Je nomme les passages techniques avant d’y entrer, surtout quand le terrain est gras ou racineux. J’annonce aussi à voix haute les deux ou trois endroits où l’on peut chuter sur un secteur, pour que personne ne découvre une marche ou une racine au dernier moment.
  • Je fais rouler les petits sous-groupes au lieu d’étirer neuf personnes sur toute la trace.
  • Je ne m’arrête plus en plein single, ni juste derrière un obstacle.
  • Je ne laisse plus les plus rapides filer sans regroupement au croisement suivant.

Ce que je ne referai plus, c’est partir sans serre-file. J’ai déjà vu le dernier prendre le mauvais chemin, puis le groupe perdre 15 minutes à le chercher. J’ai aussi compris que imposer une allure unique dans les montées casse le monde en deux, avec les plus faibles qui posent le pied trop tôt. Et quand je sens un frein qui couine avant une descente, je préfère lever le pied et remettre de l’ordre avant que ça reparte en bouchon.

Cette manière de faire me va pour des groupes mixtes, des débutants et des sorties longues. Quand chacun accepte de rouler sans courir après le chrono, la sortie garde son souffle et son relief. Pour un réglage de sécurité critique, je passe par un atelier vélo, pas par l’à-peu-près. Au retour devant la mairie de Conliège, j’aime bien retrouver ce calme-là, avec les vélos encore humides et la tête enfin légère.

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