Une casse de dérailleur à dix bornes de la voiture : ce que j’en ai tiré

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Casse de dérailleur VTT sur sentier montagneux à dix kilomètres de la voiture, récit de réparation

Au Bois de la Joux, le clac sec m’a coupé les jambes à 10 kilomètres de la voiture. La chaîne a lâché d’un coup, et j’ai vu la roue arrière se tordre sur elle-même. J’ai cru pendant trois secondes que ça se remettrait tout seul. Puis le silence a pris toute la place. Mon dérive-chaîne était là, dans le sac, mais rien d’autre ne paraissait utile. Le sentier remontait encore dans une trouée humide, et mes gants avaient déjà pris la terre fine.

Je n’étais pas vraiment préparé à ce qui allait arriver ce jour-là

J’ai appris à regarder une oreille de dérailleur avant même de toucher au câble. À 44 ans, en couple, avec mes deux enfants, je roule surtout le week-end et en navette quotidienne, quand le temps le permet. Ce jour-là, je voulais garder une sortie de 2 heures dans ma tête et dans mes jambes. Je n’avais pas prévu de finir à compter les kilomètres à pied. Le Jura m’a déjà ramené à la réalité, mais pas de façon aussi sèche.

Je suis parti seul sur un parcours plus engagé, avec l’idée de tester un enchaînement de racines que j’avais repéré la semaine d’avant. Le sol était humide, le ciel bas, et j’étais sûr de moi. J’avais envie de voir si le vélo gardait son calme dans les montées cassantes du Jura. Je me suis dit que le matériel suivrait. Cette fois-là, j’ai trop compté sur cette impression de calme.

Avant la casse, le dérailleur passait les vitesses sans bruit, même dans une montée soutenue. J’ai été convaincu par ce silence. Le seul signe, c’était un petit bruit métallique intermittent sur les petits pignons, une crécelle légère que j’avais prise pour de la boue sèche. Quand ça marche, je n’y pense plus. Quand ça déraille, chaque petit cliquetis prend un poids étrange.

Ce jour-là, tout a basculé en un claquement sec

Le choc sur la racine a été bref. J’ai senti la roue arrière se figer une fraction de seconde, puis le guidon a vibré jusque dans mes paumes. Le grand clac métallique a couvert le sentier. J’ai entendu ce bruit sec de métal frotté, puis le vélo est resté muet. Le genre de silence qui arrive après une casse et qui vous laisse les bras tendus dans le vide.

En posant le vélo, j’ai vu la patte de dérailleur tordue de biais, avec le cadre intact. L’oreille avait pris une forme de virgule, et cette image reste gravée, comme si le métal lui-même avait pris une respiration avant de lâcher. La chape partait en avant, les galets étaient de travers, et le galet inférieur portait un éclat net. J’ai aussi vu des stries fraîches sur les rayons. Là, j’ai compris que la chaîne avait commencé à frotter avant la casse franche.

J’ai essayé de passer sur un pignon plus simple. Mauvaise idée. Au passage suivant, la chaîne a cherché les rayons, avec ce bruit sec de métal frotté. J’ai forcé une deuxième fois, par réflexe, et la transmission m’a répondu par un craquement sans appel. Pas terrible. Vraiment pas terrible. Je savais déjà que je n’étais plus dans un simple réglage.

À ce moment-là, je me suis retrouvé à 10 kilomètres de la voiture, sans assistance, avec un sac léger et un dérive-chaîne. J’ai mesuré d’un coup la longueur du retour. Je me suis senti bête, et un peu seul dans ce bois. À 44 ans, je n’avais pas envie de transformer une sortie de 2 heures en marche au ralenti. La pente se terminait encore loin, et la fatigue commençait déjà dans les épaules.

Improviser un dépannage sur le bord du sentier, entre doute et débrouillardise

J’ai sorti le dérive-chaîne sur le bord du sentier, avec les gants déjà pleins de poussière. J’ai retiré 3 maillons pour raccourcir la chaîne, juste assez pour qu’elle ne vienne pas battre dans les rayons. Je n’avais pas envie de démonter plus que ça. Le collier de mon sac a frotté contre le tube diagonal pendant que je gardais l’axe sous les yeux. J’ai pris le temps de regarder la ligne de chaîne avant de refermer quoi que ce soit.

Mes mains tremblaient, pas seulement à cause de la fatigue, mais parce que chaque maillon retiré était une victoire sur la panne et un pas vers la voiture. Le vent séchait la sueur sur mon front, puis la poussière revenait se coller aux doigts. J’ai pris 12 minutes pour faire ce travail. Dans le garage, j’aurais souri plus vite, mais là j’étais courbé dans la pente, avec le cœur qui battait trop fort pour une bricole pareille.

J’ai fini par rouler en mode dépannage sur 2 pignons, pas plus. Sur le petit pignon, ça passait à peu près. Sur le suivant, la chaîne chantait encore, alors j’ai pédalé rond et sans relance sèche. J’ai évité les gros appuis dans les faux-plats, parce que le moindre coup de rein faisait claquer la chaîne. Le vélo avançait, mais il demandait une attention de chaque instant.

À mi-pente, j’ai hésité à lâcher le vélo et à finir en poussant. Le cadre pesait plus lourd à chaque virage. J’ai même pensé à rentrer à pied, puis j’ai vu la voiture dans ma tête et ça m’a coupé l’envie de râler. Alors je suis reparti, lentement, avec l’idée fixe de ne pas casser ce qui tenait encore. Je ne voulais pas proposer un effort à une transmission déjà rincée.

Ce que je retiens pour la suite

Après coup, le petit bruit métallique intermittent a pris un autre sens. Ce n’était pas la boue. C’était la patte qui commençait à se mettre de travers. Je contrôle maintenant l’oreille après chaque chute ou contact sur une pierre, même si le vélo semble encore rouler droit. Le signal est minuscule au début, puis il prend toute la place dans le passage des vitesses.

Continuer quand la transmission saute, je le sais maintenant, c’est la mauvaise idée qui coûte cher en nerfs. J’ai vu la chaîne partir dans les rayons, avec ce bruit sec que je n’oublie pas. Le dérailleur n’était plus dans un réglage, il était dans la casse. J’avais voulu sauver la sortie en insistant, et j’ai gagné exactement l’inverse. Mon monologue intérieur n’a pas brillé à ce moment-là.

Depuis, je garde une patte de dérailleur de rechange, un multi-outil et un maillon rapide dans le sac. Je le fais parce qu’un petit choc peut tordre l’oreille sans plier le cadre. Je le fais aussi parce qu’un retour de 10 kilomètres à deux vitesses vaut mieux qu’une marche longue et grinçante. Mon travail et ma pratique du VTT de longue date m’ont surtout appris ça sur le terrain.

Je ne remonte plus la roue sans regarder l’alignement de l’oreille. Je ne retends pas la chaîne comme si de rien n’était. Dès que le dérailleur commence à bruire, je m’arrête. Si le doute touche la sécurité, je passe par un atelier, sans jouer au malin. J’ai déjà perdu assez de temps à croire qu’un petit bruit finirait par disparaître tout seul.

Où j’en suis, après cette histoire

Au Bois de la Joux, cette casse m’a laissé de la poussière dans la gorge et une vraie leçon dans la tête. Je sais maintenant qu’une patte de dérailleur se tord vite après un petit choc, puis que l’indexation se dégrade par paliers. Après, la casse mécanique arrive sans prévenir. Ce n’est pas spectaculaire au début. C’est juste un vélo qui commence à mentir.

Je suis rentré plus tard que prévu, avec les épaules raides et la chaîne enfin calme. Ce retour m’a confirmé qu’un vélo qui passe les vitesses sans bruit mérite qu’on l’écoute au premier frottement. Pour quelqu’un qui accepte de partir avec une patte de rechange et un multi-outil, l’histoire se termine mieux. Pour moi, elle a surtout supprimé l’envie de faire le brave au milieu d’un bois. Je garde encore le nom du sentier en tête quand je fais l’entretien.

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// Rédaction